Mort de Khamenei, Shamkhani, Pakpour : qui sont les hauts dirigeants iraniens tués dans les frappes israélo-américaines ?.

Ali Khamenei, Guide suprême iranien, en novembre 2023. | KHAMENEI.IR / ARCHIVES WIKIMEDIA COMMONS



 En une seule journée de frappes coordonnées entre les États-Unis et Israël, le samedi 28 février 2026, le sommet du pouvoir iranien a été décapité. Du guide suprême Ali Khamenei au chef des Gardiens de la Révolution, en passant par le ministre de la Défense et le principal conseiller en sécurité nationale, la République islamique a perdu en quelques heures ses figures les plus puissantes. 

Qui étaient ces hommes ? Quel rôle jouaient-ils au cœur du régime iranien ? Retour sur les profils de ces dirigeants tombés dans ce qui constitue l'opération militaire la plus dévastatrice jamais menée contre Téhéran.

Le monde s'est réveillé sous le choc le dimanche 1er mars 2026. Dans la nuit précédente, les États-Unis et Israël avaient déclenché une campagne de frappes aériennes massives contre l'Iran, baptisée « Opération Lion rugissant » par l'armée israélienne.

L'objectif était clairement stratégique : neutraliser la chaîne de commandement de la République islamique en visant ses hauts responsables politiques, militaires et sécuritaires, réunis lors d'un conseil de défense d'urgence. 

La télévision d'État iranienne a confirmé la mort du guide suprême Ali Khamenei, suivie d'une série d'annonces concernant d'autres piliers du régime. Le porte-parole de l'armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, a déclaré avoir « éliminé 40 hauts gradés, dont Khamenei, en une minute », tandis que Donald Trump évoquait le chiffre de 48 dirigeants tués. 

Pour comprendre l'ampleur de ce séisme géopolitique, il est essentiel de revenir sur le parcours et le rôle de chacune de ces figures du pouvoir iranien.

Les hommes du régime

Ali Khamenei était, depuis 1989, le Guide suprême de la République islamique d'Iran. À ce titre, il occupait la plus haute fonction de l'État, au-dessus même du président de la République : chef des armées, arbitre suprême de toutes les grandes décisions politiques, religieuses et militaires. 

Né en 1939 à Machhad, il avait gravi tous les échelons du régime depuis la révolution islamique de 1979, aux côtés de l'ayatollah Khomeini, dont il fut un fidèle lieutenant avant de lui succéder.

 Son règne de plus de trois décennies en avait fait l'un des dirigeants les plus influents du monde musulman, soutenant militairement et financièrement le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, les Houthis yéménites et les milices irakiennes, formant ce que ses adversaires désignaient comme « l'axe de la résistance ».

 Comme l'a rappelé Mariam Pirzadeh, ancienne correspondante de France 24 à Téhéran, Khamenei « présentait un record de longévité au pouvoir et sa tête était mise à prix depuis longtemps ». 

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a qualifié son élimination de « tournant décisif », affirmant qu'il avait « construit tout l'axe du mal qui nous entoure ».

À ses côtés se trouvait Ali Shamkhani, considéré comme l'un des hommes les plus influents d'Iran, bien qu'il soit moins connu du grand public. Après une longue carrière au sein des Gardiens de la Révolution où il avait notamment commandé la marine de cette force  il était devenu ministre de la Défense sous Mohammad Khatami entre 1997 et 2005, avant d'exercer les fonctions de secrétaire du Conseil supérieur de sécurité nationale. 

Architecte des alliances régionales iraniennes et interlocuteur privilégié lors des négociations diplomatiques sensibles avec Pékin et Moscou, il était une pièce maîtresse de la politique étrangère de Téhéran. 

Son profil hybride, mêlant expertise militaire et sens politique aigu, en faisait un personnage redouté par ses adversaires  il avait d'ailleurs survécu à une première frappe israélienne sur sa résidence en juin 2025, avant d'être tué lors du conseil de défense du 28 février.

Mohammad Pakpour représentait quant à lui la nouvelle génération des commandants des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC).

 Il avait pris la tête de cette force paramilitaire  classée organisation terroriste par les États-Unis  seulement depuis juin 2025, lors de la guerre de 12 jours entre Israël et l'Iran. 

Les Gardiens ne sont pas une armée ordinaire : ils contrôlent une part significative de l'économie iranienne, gèrent le programme de missiles balistiques et de drones, supervisent les réseaux de milices pro-iraniennes dans toute la région et disposent de leur propre service de renseignement.

 Sa mort au côté de Khamenei symbolise l'ampleur de la décapitation stratégique opérée par les frappes.

Abdolrahim Moussavi occupait pour sa part le poste de chef d'état-major des forces armées iraniennes, la plus haute fonction de commandement militaire du pays. 

Sa mission était de coordonner l'ensemble des branches militaires  armée régulière, Gardiens, forces aériennes et navales  pour garantir la cohérence stratégique des forces iraniennes face aux menaces extérieures. 

Sa disparition laisse les armées iraniennes dans une situation de désorganisation au sommet, au moment même où le pays doit faire face à une guerre ouverte. 

Enfin, Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense depuis août 2024 et ancien commandant des forces aériennes, supervisait notamment le programme de protection des sites nucléaires et militaires stratégiques iraniens, constituant un maillon essentiel de la chaîne de commandement du régime.

Un conseil de défense transformé en piège fatal

Ce qui frappe dans ce drame, c'est la manière dont les frappes ont été conduites. L'ensemble de ces hauts responsables avaient été réunis lors d'une séance du Conseil de défense, un organe de crise mis en place précisément pour coordonner la réponse iranienne à l'escalade militaire avec Israël.

 C'est donc lors de cette réunion au sommet  supposément secrète et sécurisée  qu'ils ont tous été tués. Ce détail révèle l'ampleur des défaillances du renseignement iranien et la précision de l'intelligence américano-israélienne.

 Il illustre la nature profonde de l'opération : non pas une série de frappes aléatoires, mais une décapitation ciblée et planifiée du commandement stratégique de la République islamique.

 Le porte-parole de l'armée israélienne a d'ailleurs confirmé que l'opération avait été préparée de longue date, en coordination étroite avec Washington.

La mort simultanée de ces dirigeants a déclenché une onde de choc planétaire. À Washington, Donald Trump a affiché sa satisfaction tout en appelant les Gardiens de la Révolution à « déposer les armes ». 

À Tel Aviv, Benjamin Netanyahu a décrit l'opération comme un tournant historique. Vladimir Poutine a quant à lui condamné « une violation cynique du droit international ».

 Du côté iranien, la transition a été immédiatement organisée : Ali Larijani a annoncé la création d'un Conseil de direction intérimaire dans l'attente de l'élection d'un nouveau guide suprême par l'Assemblée des experts, tandis que les Gardiens de la Révolution promettaient un « châtiment sévère » aux responsables des assassinats.

La mort d'Ali Khamenei, d'Ali Shamkhani, de Mohammad Pakpour, d'Abdolrahim Moussavi et d'Aziz Nasirzadeh dans les frappes du 28 février 2026 marque indéniablement un tournant dans l'histoire du Moyen-Orient contemporain. 

En quelques heures, les États-Unis et Israël ont réussi à décapiter quarante années de construction d'un État profond, d'une doctrine stratégique et d'un réseau régional d'influence patiemment bâti par la République islamique. 

Mais comme le rappelle la spécialiste de l'Iran Azadeh Kian sur Franceinfo : « Avant même les frappes, le guide avait transmis ses pouvoirs à Ali Larijani. Du côté des Gardiens de la révolution, tous les chefs avaient établi des remplaçants. » 

Un régime institutionnalisé ne disparaît pas avec ses chefs. 

La République islamique, meurtrie mais debout, a déjà entamé sa riposte. La question qui hante désormais chancelleries et analystes du monde entier est simple : après la mort de ses architectes, l'Iran saura-t-il se réinventer  ou ce séisme géopolitique sans précédent ouvre-t-il une période de chaos dont personne, à l'heure actuelle, ne peut encore prévoir l'issue ?


Sources : France 24, Franceinfo, CNews, L'Orient Le Jour, RTS, Euronews

Post a Comment

Plus récente Plus ancienne